Un dirigeant de TPE qui perd son principal client et doit se séparer d’un salarié ne suit pas la même procédure qu’une PME de 60 personnes qui supprime un service entier. La procédure de licenciement économique change radicalement selon le nombre de salariés concernés et l’effectif de l’entreprise. Rater une étape, c’est s’exposer à une requalification devant les prud’hommes, avec des indemnités majorées à la clé. Voici ce qu’il faut maîtriser avant d’enclencher quoi que ce soit.
Obligation de reclassement avant tout licenciement économique
On commence par là parce que c’est le point que beaucoup de dirigeants de TPE-PME découvrent trop tard. L’obligation de reclassement précède la notification du licenciement, pas l’inverse. Avant même de convoquer le salarié à un entretien préalable, l’employeur doit avoir cherché activement un poste de reclassement.
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Le Code du travail (articles L.1233-4 et suivants, consultables sur legifrance.gouv.fr) impose de proposer au salarié tous les emplois disponibles dans l’entreprise, ou dans le groupe si l’entreprise en fait partie, relevant de la même catégorie ou d’une catégorie équivalente. Si aucun poste équivalent n’existe, on propose un poste de catégorie inférieure, avec l’accord du salarié.
En pratique, pour une TPE de six personnes, les possibilités de reclassement sont souvent limitées. Ce n’est pas une excuse pour sauter l’étape. Il faut documenter la recherche par écrit : postes consultés, réponses obtenues, propositions faites au salarié. Un simple courriel interne ne suffit pas toujours. Conservez les échanges datés, les fiches de poste examinées, les refus éventuels du salarié.
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Si le juge estime que la recherche de reclassement était fictive ou insuffisante, le licenciement sera considéré comme dépourvu de cause réelle et sérieuse. La rubrique dédiée au licenciement économique sur service-public.fr détaille les obligations point par point selon la taille de l’entreprise, avec les formulaires associés.

Entretien préalable au licenciement économique : convocation et déroulement
Une fois la recherche de reclassement documentée et épuisée, on passe à la convocation. L’employeur adresse au salarié une lettre recommandée avec accusé de réception ou une remise en main propre contre décharge. Cette lettre précise l’objet de l’entretien, la date, l’heure, le lieu, et rappelle au salarié qu’il peut se faire assister.
Dans une entreprise sans représentant du personnel (cas fréquent en TPE), le salarié peut se faire accompagner par un conseiller extérieur inscrit sur une liste préfectorale. La liste est consultable en mairie ou sur le site de la préfecture.
Délai entre convocation et entretien
Un minimum de cinq jours ouvrables doit séparer la réception de la convocation et la date de l’entretien. Le jour de remise et le jour de l’entretien ne comptent pas. On parle bien de jours ouvrables (du lundi au samedi, hors jours fériés), pas de jours calendaires. Se tromper sur ce décompte est une erreur classique qui peut vicier toute la procédure.
Pendant l’entretien, l’employeur expose les motifs économiques, les conséquences sur l’emploi et les mesures envisagées. Le salarié s’exprime librement. À ce stade, aucune décision n’est officiellement prise. L’entretien ne peut pas se dérouler par visioconférence ni par téléphone : la présence physique du salarié est requise, sauf impossibilité matérielle dûment justifiée.
Motif économique : ce que le juge vérifie en cas de contestation
Le licenciement pour motif économique doit reposer sur une cause réelle et sérieuse. L’article L.1233-3 du Code du travail reconnaît quatre situations :
- Des difficultés économiques caractérisées par une baisse significative des commandes, du chiffre d’affaires, des pertes d’exploitation ou une dégradation de la trésorerie
- Des mutations technologiques qui rendent certains postes obsolètes
- Une réorganisation nécessaire à la sauvegarde de la compétitivité de l’entreprise
- La cessation d’activité de l’entreprise, à condition qu’elle ne soit pas frauduleuse
Pour une PME, la difficulté réside souvent dans la preuve. Un trimestre de baisse de chiffre d’affaires ne suffit pas forcément. Le juge compare la durée de la baisse à la taille de l’entreprise. Plus l’entreprise est petite, plus la durée exigée de difficultés est courte, mais il faut des éléments comptables solides : bilans, grands livres, relevés bancaires.
La durée minimale de la baisse varie : un trimestre pour une entreprise de moins de onze salariés, deux trimestres consécutifs entre onze et quarante-neuf salariés, trois trimestres entre cinquante et deux cent quatre-vingt-dix-neuf salariés, et quatre trimestres au-delà. Ces seuils figurent dans le Code du travail et sont régulièrement rappelés par la jurisprudence de la Cour de cassation.
Si l’entreprise appartient à un groupe, le motif économique s’apprécie au niveau du secteur d’activité commun aux entreprises du groupe situées sur le territoire national. Un point que les retours de terrain confirment comme source fréquente de contentieux.
Notification et délais d’envoi de la lettre de licenciement économique
Après l’entretien préalable, un délai minimum s’impose avant d’envoyer la lettre de licenciement. Pour un licenciement économique individuel, la lettre ne peut être expédiée moins de sept jours ouvrables après l’entretien. Ce délai passe à quinze jours ouvrables pour un cadre.
La lettre de licenciement doit mentionner explicitement le motif économique retenu, la proposition de contrat de sécurisation professionnelle (CSP) si l’entreprise compte moins de 1 000 salariés, et la priorité de réembauche dont bénéficie le salarié pendant un an.
Le contrat de sécurisation professionnelle (CSP)
Dans les entreprises de moins de 1 000 salariés, l’employeur est tenu de proposer le CSP au salarié. Ce dispositif, géré par France Travail, permet au salarié de bénéficier d’un accompagnement renforcé et d’une allocation spécifique pendant plusieurs mois. Le salarié dispose d’un délai de réflexion de vingt et un jours pour accepter ou refuser.
Si le salarié accepte le CSP, son contrat de travail est rompu d’un commun accord à l’expiration du délai de réflexion. Il n’y a pas de préavis à effectuer, mais l’employeur verse l’indemnité de préavis à France Travail (dans la limite de trois mois). L’oubli de la proposition du CSP expose l’employeur à des pénalités financières.
La priorité de réembauche mérite aussi une attention particulière. Pendant les douze mois qui suivent la rupture du contrat, le salarié licencié qui en fait la demande doit être informé de tout poste compatible avec sa qualification devenu disponible dans l’entreprise. Omettre cette information constitue un manquement distinct, sanctionné indépendamment du bien-fondé du licenciement.

Information de la DREETS et consultation du CSE en licenciement collectif
Dès qu’on dépasse le licenciement individuel, les obligations s’alourdissent. Pour un licenciement de deux à neuf salariés sur trente jours, l’employeur doit informer et consulter le comité social et économique (CSE) s’il existe. Dans les entreprises de plus de onze salariés, cette consultation est obligatoire avant toute décision.
L’employeur notifie également la direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) dans les huit jours suivant l’envoi des lettres de licenciement. Cette notification se fait via un formulaire précis qui détaille le nombre de salariés concernés, les motifs, les mesures d’accompagnement.
Le seuil des dix salariés et le plan de sauvegarde de l’emploi
Quand le projet concerne dix salariés ou plus sur trente jours dans une entreprise d’au moins cinquante salariés, un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) devient obligatoire. Le PSE intègre des mesures de reclassement interne et externe, des actions de formation, des aides à la création d’entreprise.
Le PSE est soit négocié par accord collectif majoritaire, soit établi par document unilatéral de l’employeur. Dans les deux cas, il doit être validé ou homologué par la DREETS. Sans cette validation, les licenciements prononcés sont nuls. La procédure de consultation du CSE s’étend alors sur deux mois minimum (quatre mois au-delà de 250 licenciements).
Critères d’ordre des licenciements
Lorsque plusieurs salariés occupent des postes comparables et que tous ne sont pas concernés par la suppression, l’employeur doit appliquer des critères d’ordre. Le Code du travail fixe quatre critères à prendre en compte : les charges de famille, l’ancienneté dans l’entreprise, la situation des salariés présentant des caractéristiques sociales rendant leur réinsertion professionnelle difficile (handicap, âge), et les qualités professionnelles appréciées par catégorie.
L’employeur peut pondérer ces critères, mais il ne peut pas en supprimer un. Ignorer les critères d’ordre constitue un motif fréquent d’annulation du licenciement, même lorsque le motif économique est établi. Le salarié écarté peut demander au juge de vérifier l’application effective de ces critères et exiger la communication des éléments de pondération retenus.
Obligation d’adaptation et formation : un angle de contestation en hausse
L’article L.6321-1 du Code du travail impose à l’employeur d’assurer l’adaptation de ses salariés à leur poste de travail et de veiller au maintien de leur capacité à occuper un emploi. Cette obligation existe indépendamment du licenciement économique, mais elle pèse lourdement quand un salarié conteste son départ.
Un salarié licencié pour motif économique lié à des mutations technologiques peut arguer que l’employeur n’a proposé aucune formation d’adaptation pendant la relation de travail. Si l’entreprise n’a organisé ni entretien professionnel bisannuel ni action de formation sur plusieurs années, le juge peut considérer que l’employeur a contribué à l’inaptitude du salarié au poste transformé.
Pour un dirigeant de PME, la parade consiste à tracer chaque entretien professionnel et chaque formation suivie. Un dossier de formation vide fragilise la position de l’employeur devant le conseil de prud’hommes, même quand le motif économique est solide par ailleurs. Les fiches de service-public.fr consacrées à l’entretien professionnel et à l’obligation de formation rappellent les échéances et les sanctions applicables, notamment l’abondement correctif du CPF dans les entreprises de cinquante salariés et plus.
La procédure de licenciement économique mobilise des délais stricts, des consultations obligatoires et une documentation rigoureuse à chaque étape. La taille de l’entreprise et le nombre de salariés concernés déterminent le niveau de complexité, mais le socle reste le même : un motif réel, une recherche de reclassement sincère, et des preuves écrites à chaque étape. Négliger un seul de ces points transforme une décision de gestion en contentieux prud’homal.

