L’indemnité spécifique de rupture conventionnelle correspond au montant minimum que l’employeur doit verser au salarié lorsqu’ils conviennent ensemble de mettre fin à un CDI. Ce plancher est fixé par l’article L.1237-13 du Code du travail : il ne peut pas être inférieur à l’indemnité légale de licenciement. Simuler ce montant avant d’entamer la procédure permet de cadrer la négociation et d’anticiper le coût réel pour l’entreprise, un réflexe d’autant plus utile que la fiscalité applicable a changé récemment.
Salaire de référence : la base de tout calcul d’indemnité
Avant de poser la moindre formule, il faut déterminer le salaire de référence du salarié. Le Code du travail prévoit deux modes de calcul, et c’est le plus favorable au salarié qui s’applique.
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Le premier mode retient la moyenne mensuelle de la rémunération brute des douze derniers mois précédant la rupture du contrat. Le second retient le tiers de la rémunération brute des trois derniers mois. Dans ce second cas, les primes annuelles (treizième mois, prime de vacances) sont intégrées au prorata temporis.
Pour un dirigeant de TPE-PME, le piège fréquent est d’oublier les éléments variables de rémunération : commissions, heures supplémentaires structurelles, avantages en nature. Tous entrent dans l’assiette de calcul. Exclure une prime régulière revient à sous-estimer le plancher légal, ce qui peut conduire au refus d’homologation par la DREETS.
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Formule légale de calcul selon l’ancienneté du salarié
Une fois le salaire de référence fixé, l’ancienneté du salarié détermine le montant plancher. La formule légale, identique à celle de l’indemnité de licenciement depuis 2017, distingue deux tranches.
- Pour chaque année d’ancienneté jusqu’à dix ans : un quart de mois de salaire de référence par année
- Pour chaque année d’ancienneté au-delà de dix ans : un tiers de mois de salaire de référence par année
- Les années incomplètes sont prises en compte au prorata du nombre de mois travaillés
Un salarié présent depuis sept ans et quatre mois avec un salaire de référence de 3 000 euros bruts toucherait donc au minimum : (1/4 x 3 000) x 7,33, soit environ 5 500 euros bruts. Ce montant constitue le plancher en dessous duquel la convention ne sera pas homologuée.
L’ancienneté se calcule à la date de rupture effective du contrat, pas à la date de signature de la convention. Cette nuance compte quand plusieurs semaines séparent les deux événements, notamment à cause du délai de rétractation et du délai d’instruction par l’administration.
Convention collective et indemnité conventionnelle de licenciement
Le plancher légal n’est pas toujours le vrai plancher. Si la convention collective applicable prévoit une indemnité conventionnelle de licenciement plus favorable, c’est ce montant qui devient le minimum à verser lors de la rupture conventionnelle.
Certaines branches, comme la métallurgie ou la pharmacie, fixent des barèmes nettement supérieurs au minimum légal, en particulier pour les cadres ayant une longue ancienneté. Vérifier sa convention collective avant de lancer un simulateur en ligne évite de partir sur une base fausse.
La consultation se fait directement sur legifrance.gouv.fr, qui centralise les textes conventionnels à jour. Le simulateur officiel du Code du travail numérique (code.travail.gouv.fr) intègre certaines conventions collectives, mais pas toutes. Pour les branches non couvertes par l’outil, le calcul manuel reste nécessaire.
Contribution patronale à 40 % : le coût réel pour l’employeur en 2026
Les simulateurs accessibles en ligne calculent le montant brut de l’indemnité versée au salarié. Ils n’affichent généralement pas le surcoût employeur, qui a pourtant augmenté de façon significative.
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a porté la contribution patronale spécifique de 30 % à 40 %. Cette contribution s’applique sur la fraction de l’indemnité exonérée de cotisations sociales, c’est-à-dire la partie qui ne dépasse pas certains plafonds (deux fois le plafond annuel de la Sécurité sociale ou la moitié de l’indemnité versée, selon le plus avantageux).
Pour un dirigeant de PME, l’impact est direct sur le budget. Une indemnité négociée à 15 000 euros génère désormais 6 000 euros de contribution patronale au lieu de 4 500 euros auparavant. Intégrer ce surcoût dans la simulation permet de fixer un montant réaliste lors de la négociation avec le salarié, sans dépasser l’enveloppe financière prévue.

Indemnité supra-légale : marge de négociation et limites fiscales
Rien n’interdit de verser une indemnité supérieure au minimum légal ou conventionnel. Cette part supra-légale est le vrai terrain de négociation entre employeur et salarié.
Le régime fiscal reste favorable dans certaines limites. La fraction de l’indemnité qui ne dépasse pas le montant légal ou conventionnel est exonérée d’impôt sur le revenu et de cotisations sociales (hors CSG-CRDS). Au-delà, l’exonération est plafonnée. Toute indemnité dépassant ces seuils est soumise à l’impôt et aux cotisations ordinaires, ce qui réduit mécaniquement le net perçu par le salarié.
En pratique, la négociation d’une indemnité supra-légale dépend de plusieurs facteurs concrets :
- L’ancienneté et la difficulté prévisible de retrouver un emploi pour le salarié
- La volonté de l’employeur d’obtenir une rupture rapide et sans contentieux
- Le coût total employeur, incluant la contribution patronale à 40 %
- L’existence éventuelle d’un accord transactionnel couvrant d’autres litiges
Pour un dirigeant de TPE, proposer une indemnité très supérieure au plancher sans en mesurer le coût global (indemnité brute + contribution patronale + charges sur la fraction excédentaire) peut déséquilibrer la trésorerie du trimestre.
Réforme chômage septembre 2026 : pourquoi simuler ne suffit plus
À compter du 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation chômage après une rupture conventionnelle sera réduite. Elle passera à 15 mois pour les moins de 55 ans et 20,5 mois pour les 55 ans et plus, contre 18 à 27 mois dans le régime actuel.
Cette réforme, issue de la loi n° 2026-470 du 11 juin 2026, ne modifie pas le calcul de l’indemnité elle-même. Elle change en revanche le calcul global que le salarié doit faire avant d’accepter une rupture conventionnelle. Un salarié de 50 ans qui perd potentiellement trois mois d’allocations chômage par rapport au régime antérieur peut légitimement demander une indemnité supra-légale pour compenser cette perte.
Pour l’employeur, cette pression à la hausse sur l’indemnité négociée doit être anticipée dès la simulation. Additionner le montant plancher, la marge supra-légale probable et la contribution patronale à 40 % donne une image réaliste du coût total de la séparation.
Utiliser le simulateur officiel TéléRC et ses limites
Le simulateur de référence est celui du portail TéléRC (telerc.travail.gouv.fr), qui sert aussi à déposer la demande d’homologation. Il calcule l’indemnité légale minimale à partir de la date d’entrée, de la date de sortie et des salaires bruts. Le simulateur du Code du travail numérique (code.travail.gouv.fr) propose un outil similaire, enrichi pour certaines conventions collectives.
Ces outils ont trois limites concrètes que les dirigeants de TPE-PME doivent garder en tête. Ils ne prennent pas en compte les contrats ayant alterné entre temps plein et temps partiel. Ils n’intègrent pas la contribution patronale dans le résultat affiché. Ils ne simulent pas l’impact fiscal pour le salarié en cas d’indemnité supra-légale.
Un tableur complémentaire, même simple, reste le meilleur outil pour obtenir le coût employeur complet : indemnité brute + contribution patronale + éventuelles charges sociales sur la fraction excédentaire. Les informations de référence sur les seuils d’exonération sont disponibles sur urssaf.fr, dans la rubrique consacrée aux indemnités de rupture du contrat de travail.
La simulation d’une rupture conventionnelle ne se limite pas à appliquer une formule d’ancienneté. Le salaire de référence, la convention collective, la contribution patronale à 40 % et la réduction de la durée d’indemnisation chômage forment un ensemble que chaque partie a intérêt à modéliser avant de signer. Un dirigeant qui maîtrise ces quatre paramètres aborde la négociation avec un chiffrage fiable, pas une estimation approximative.

